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Hockey et IPTV pirate : comment le Canada coupe les flux en plein match

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La saison 2026-2027 de la Ligue nationale de hockey commence dans quelques jours, et avec elle revient une question que les diffuseurs canadiens connaissent bien : combien de partisans regarderont les matchs sur un abonnement IPTV pirate ?

Le Canada a longtemps eu une longueur d’avance sur ce terrain. Depuis 2022, les tribunaux canadiens autorisent le blocage en direct des flux pirates : les adresses IP qui diffusent un match sans autorisation sont coupées pendant la rencontre, puis débloquées à la fin. Un modèle observé de près en Europe comme aux États-Unis.

Mais cette année, le calendrier juridique joue contre les ayants droit. L’ordonnance multisports qui encadrait ce blocage a expiré le 19 juillet 2026. À la date où nous écrivons ces lignes, aucune nouvelle ordonnance visant la saison de hockey qui commence n’a été rendue publique.

Dans cet article, nous revenons sur le fonctionnement de ce blocage, sur ce qu’il a permis et sur ce qui se joue pour la saison qui vient.

2022 : une première au Canada

En mai 2022, la Cour fédérale rend une décision inédite dans l’affaire Rogers Media Inc. c. John Doe 1 (2022 CF 775). Le juge Pentney autorise, pour la première fois au Canada, un blocage « dynamique » : Rogers, Bell Media, TSN, RDS et Groupe TVA peuvent faire bloquer par les fournisseurs d’accès les adresses IP qui diffusent illégalement des matchs de la LNH, uniquement pendant la durée des matchs.

Le principe est simple, mais sa mise en œuvre est technique. Un agent spécialisé repère les flux pirates en comparant quelques secondes de vidéo à la diffusion officielle, une sorte d’empreinte numérique. Les adresses IP identifiées sont transmises aux fournisseurs d’accès, qui les bloquent le temps du match.

Les résultats ont été rendus publics. Selon le rapport du contrôleur indépendant chargé de vérifier le travail de l’agent pour la saison 2022-2023, 19 178 adresses IP ont été ajoutées à la liste de blocage. Sur un échantillon de 2 904 adresses vérifiées, toutes étaient conformes à l’ordonnance : aucune n’était bloquée à tort.

2024 : une ordonnance pour tous les sports

Le 9 juillet 2024, la Cour fédérale va plus loin. Dans le dossier T-743-24, le juge Andrew D. Little rend une ordonnance multisports à la demande de Rogers, Bell, CTV, TSN, RDS, Groupe TVA et FuboTV. Dix fournisseurs d’accès sont visés, dont Bell, Rogers, Vidéotron, Telus, Cogeco et TekSavvy.

Le mécanisme est précis :

  • l’agent avise les fournisseurs d’accès des adresses IP à bloquer ;
  • chaque fournisseur doit appliquer le blocage dans les 30 minutes suivant le début de l’événement, puis mettre sa liste à jour au moins toutes les 30 minutes jusqu’à la fin ;
  • des garde-fous encadrent le risque de bloquer des services légitimes, avec une adresse pour signaler les erreurs.

Au fil de huit modifications, entre juillet 2024 et juin 2026, l’ordonnance s’est étendue bien au-delà du hockey : séries de la LNH, NBA, Premier League, Euro 2024, Blue Jays, UFC, Championnat mondial junior, et enfin la Coupe du monde de la FIFA 2026. Son échéance a d’ailleurs été repoussée de dix jours, au 19 juillet 2026, pour couvrir la fin du Mondial.

Pourquoi le direct change tout

Le sport ne se protège pas comme un film ou une série. Dans sa décision de 2024, la Cour relève que les reprises d’un match attirent 5 % ou moins de l’auditoire du direct. Autrement dit, presque toute la valeur d’un match se joue pendant qu’il se déroule.

Un avis de retrait envoyé le lendemain arrive donc trop tard. C’est tout l’intérêt du blocage dynamique : agir pendant les trois heures qui comptent, et non après.

Juillet 2026 : une nouvelle arme, mais pas pour le sport

Le 3 juillet 2026, la Cour fédérale a rendu une autre ordonnance importante (T-1127-26), à la demande de Rogers, Groupe TVA et de plusieurs grands studios. Elle vise des services IPTV comme Apollo Group TV ou Diablo IPTV, et des sites comme 123Movies ou FMovies.

Sa nouveauté : les ayants droit peuvent ajouter une nouvelle cible par simple déclaration sous serment. Si aucun fournisseur d’accès ne s’y oppose dans les cinq jours ouvrables, le blocage s’applique sans repasser devant un juge. Un outil précieux contre les sites qui changent de nom de domaine chaque semaine.

Mais cette ordonnance concerne la télévision et le cinéma. Elle ne remplace pas le blocage en temps réel des événements sportifs.

Et la saison 2026-2027 ?

C’est la question du moment. L’ordonnance multisports a pris fin le 19 juillet 2026, et nous n’avons trouvé ni prolongation ni nouvelle ordonnance publique visant la saison de hockey qui commence, que ce soit du côté de la Cour fédérale, des fournisseurs d’accès ou des diffuseurs.

Il est possible qu’une demande soit en cours : les précédentes ordonnances ont souvent été rendues peu avant ou peu après le début d’une saison. Mais tant qu’aucune ordonnance n’est en vigueur, les fournisseurs d’accès n’ont aucune obligation de bloquer les flux pirates pendant les matchs.

Un blocage qui ne fait pas l’unanimité

Tous les acteurs ne voient pas ces ordonnances du même œil. Le fournisseur TekSavvy, qui avait contesté la première ordonnance de blocage canadienne (l’affaire GoldTV, en 2019) jusqu’en Cour d’appel fédérale, considère le blocage comme « une grave atteinte à la neutralité du Net ».

Les tribunaux en ont tenu compte : contrôle indépendant, obligation de corriger rapidement les erreurs, durée limitée. Le rapport de 2022-2023, sans aucun blocage à tort sur l’échantillon vérifié, montre qu’un blocage précis est possible.

Du côté des abonnés : un faux bon plan

Les revendeurs d’IPTV pirate qui ciblent le Québec annoncent aujourd’hui des abonnements entre 13 et 35 $ par mois, avec RDS et TVA Sports inclus. Le phénomène n’est pas nouveau : dès 2017, une étude de Sandvine estimait que 8,3 % des foyers canadiens communiquaient avec des services IPTV pirates.

Mais l’économie n’est qu’apparente. Selon une enquête de la Digital Citizens Alliance, 44 % des foyers équipés d’un boîtier IPTV pirate signalent un problème de logiciel malveillant, contre 7 % des autres foyers. Et en cas de coupure en plein match ou de fraude à la carte de crédit, l’abonné n’a aucun recours.

Ce que les ayants droit peuvent faire dès maintenant

  • Documenter les flux pendant les matchs : empreinte vidéo, heure, adresse IP. C’est ce type de preuve que la Cour exige.
  • Vérifier chaque saison la couverture et l’échéance des ordonnances, sans présumer qu’elles sont reconduites automatiquement.
  • Surveiller les agrégateurs avant les matchs : les liens vers les flux pirates y apparaissent souvent quelques minutes avant le début.
  • Combiner les outils : blocage, retrait des annonces de revendeurs sur les réseaux sociaux et les sites de petites annonces, et retrait des résultats de recherche.

Le Canada a montré qu’on peut couper un flux pirate pendant le match, et le faire proprement. Reste à s’assurer que les outils suivent le calendrier sportif. Chez AgencePDN, nous surveillons les événements en direct avant et pendant leur diffusion : si vous diffusez des matchs cette saison, parlez-en avec votre gestionnaire de compte avant le premier coup de sifflet.

Sources

  • Cour fédérale, décision et motifs T-743-24 (9 juillet 2024) : PDF de la décision
  • Rapport du contrôleur indépendant, matchs de la LNH : PDF du rapport
  • TekSavvy, ordonnance de blocage multisports : teksavvy.com
  • Rogers, avis de blocage des événements sportifs : rogers.com
  • Québecor, communiqué du 23 juillet 2026 sur l’ordonnance T-1127-26 : newswire.ca
  • Sandvine, Video Piracy in Canada (2018) : PDF
  • Digital Citizens Alliance, Fishing in the Piracy Stream (2019) : PDF

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