L’année 2025 a-t-elle réellement marqué un recul du piratage numérique, comme certains rapports institutionnels le suggèrent, ou assiste-t-on plutôt à une recomposition profonde des menaces, plus automatisées, plus industrialisées et souvent moins visibles ?
Si l’Europe, et en particulier la France, ont concentré l’attention médiatique en raison de fuites de données spectaculaires, les dynamiques observées en 2025 dépassent largement ce cadre géographique. Elles concernent des environnements où plateformes globales, industries culturelles, services cloud et cadres juridiques structurants interagissent en permanence.
Cette rétrospective antipiratage et cybersécurité 2025 s’inscrit dans cette perspective globale. Les exemples français servent de révélateurs, mais l’analyse vise avant tout à éclairer des tendances systémiques propres à un espace numérique largement mondialisé.
L’année 2025 a marqué un tournant décisif pour la cybersécurité française. Selon les données consolidées sur le premier semestre, près de 1,8 million de comptes ont été compromis entre janvier et juin, plaçant la France en tête des pays européens les plus touchés par les fuites de données. Cette dynamique s’est traduite par une série d’incidents majeurs, affectant à la fois des opérateurs privés et des institutions publiques.
En février 2025, les opérateurs de tiers payant Viamedis et Almerys ont été victimes d’une intrusion d’ampleur exceptionnelle. Plus de 33 millions de personnes ont été exposées à leurs données, incluant des numéros de sécurité sociale, des états civils et des informations d’assurance maladie.
Cette attaque a révélé la vulnérabilité structurelle des prestataires intermédiaires, souvent considérés comme des acteurs techniques secondaires, mais qui détiennent en réalité des volumes considérables de données sensibles. Le secteur de la santé, déjà en proie à une tension latente, s’est confirmé comme une cible de choix pour les cybercriminels.
Révélée en 2025 mais initiée fin 2024, la compromission de Free Mobile demeure l’un des incidents les plus marquants de l’année. Près de 19,2 millions d’abonnés ont été concernés. 5,1 millions d’IBAN ont été dérobés. L’arrestation d’un mineur de 17 ans en janvier a souligné une autre réalité inquiétante : l’accès de plus en plus précoce à des capacités techniques avancées.
Quelques mois plus tard, Bouygues Telecom confirmait à son tour un accès non autorisé aux données de 6,4 millions de clients. Coordonnées, informations contractuelles et données bancaires figuraient parmi les éléments compromis. Cet incident nous rappelle que les investissements massifs en cybersécurité ne suffisent pas toujours à neutraliser les failles systémiques.
France Travail, l’agence nationale pour l’emploi, a été en 2025 une cible récurrente pour les pirates. Trois attaques majeures ont jalonné l’année : l’exposition de 340 000 demandeurs d’emploi via l’application Kairos en juillet, le piratage de 31 000 comptes revendiqué par le groupe Stormous à l’automne, puis la fuite de données concernant 1,6 million de jeunes via les Missions Locales en décembre.
En parallèle, le ministère des Sports a été frappé en fin d’année par une attaque touchant près de 3,5 millions de foyers via le dispositif Pass’Sport. Ces incidents soulignent l’obsolescence de certains systèmes d’information publics et la complexité de la coordination entre plateformes hétérogènes.
Au niveau mondial, de façon générale, petites et moyennes entreprises constituent une cible privilégiée des cybercriminels, en raison de moyens limités, d’une dépendance accrue aux services numériques et d’une exposition croissante aux chaînes d’approvisionnement numériques.
Le baromètre 2025 de Cybermalveillance.gouv.fr dresse un constat paradoxal. Les petites entreprises françaises affichent une meilleure perception des risques, mais reconnaissent massivement leur incapacité à y faire face.
Les entreprises interrogées disposent en moyenne de 4,06 solutions de protection, avec une progression notable des politiques de gestion des mots de passe, des gestionnaires d’identifiants et de la double authentification. Le phishing reste le principal vecteur d’attaque, représentant 43 % des incidents signalés.
Malgré une hausse des budgets informatiques pour près d’une entreprise sur cinq, les investissements demeurent faibles : trois quarts des structures consacrent moins de 2 000 euros par an à leur cybersécurité. Le manque de compétences, de temps et de moyens financiers s’accumule, tandis que 28 % des dirigeants considèrent désormais la cybersécurité comme non prioritaire.
Au-delà des chiffres, cette situation révèle un problème plus structurel : la cybersécurité reste perçue par beaucoup de PME comme une contrainte technique ou réglementaire, et non comme un enjeu de continuité d’activité. Les obligations, lorsqu’elles existent, sont souvent vues comme abstraites ou éloignées du quotidien opérationnel. Cette perception explique en partie pourquoi les investissements privilégient les outils visibles plutôt que les processus, la gouvernance ou la formation des équipes, pourtant déterminants dans la prévention des incidents.
Le rapport de transparence de Cloudflare met en évidence une hausse spectaculaire des actions de retrait liées au droit d’auteur. L’ouverture d’API aux ayants droit a permis un ciblage plus rapide des flux de streaming sportif illégal, conduisant à la fermeture de plus de 20 000 comptes de stockage en six mois.
L’Internet Archive s’est retrouvé contraint de bloquer l’accès à certains ouvrages en Belgique, sous peine d’une amende de 500 000 euros. Cette affaire illustre l’extension des mécanismes antipiratage à des conflits juridiques complexes mêlant accès à la connaissance et droits d’auteur.
Les contentieux impliquant l’IA se sont également multipliés. Meta fait face à une contestation croissante concernant l’utilisation d’archives pirates pour l’entraînement de ses modèles, tandis que des éditeurs obtiennent des mesures de blocage contre des plateformes de republication automatisée.
En Europe du Nord, la consommation d’IPTV pirate reste élevée malgré un léger recul en Suède. En Norvège, le débat public pointe le coût des abonnements légaux comme facteur aggravant.
Sur le plan technique, les failles détectées dans le DRM PlayReady ont entraîné des réactions rapides de Microsoft et Amazon, démontrant la centralité des technologies de protection dans l’économie du streaming.
Les condamnations pénales, comme celle d’un ancien employé de Memphis à 57 mois de prison pour vol de supports physiques, coexistent avec des actions ciblant les outils numériques, à l’image de SpotifyDL ou des plateformes Telegram et Discord identifiées par la RIAA.
Ces actions illustrent une évolution nette des stratégies antipiratage. L’accent n’est plus uniquement mis sur les grands sites visibles, mais sur les infrastructures, les intermédiaires techniques et les canaux de diffusion qui rendent le piratage fluide et accessible. Extensions de navigateur, bots, espaces communautaires et services de stockage deviennent des points de friction privilégiés, car leur neutralisation perturbe directement les usages sans nécessiter de blocages massifs.
Cette approche plus granulaire s’accompagne d’une automatisation croissante des mesures de détection et de retrait. Si elle permet des gains d’efficacité considérables, elle soulève également des questions récurrentes sur les faux positifs, la transparence des décisions et la capacité des utilisateurs légitimes à contester des suppressions abusives.
L’année 2025 confirme une réalité désormais bien installée : la menace ne disparaît pas, elle se transforme. Les attaques deviennent plus automatisées, les usages pirates plus fragmentés, et les réponses institutionnelles plus rapides mais aussi plus contestées. L’enjeu pour les années à venir ne sera pas seulement de bloquer ou de sanctionner, mais d’anticiper. Anticiper les usages, anticiper les détournements technologiques, anticiper les angles morts réglementaires. La cybersécurité et l’antipiratage ne relèvent plus d’une logique défensive : ils constituent désormais des leviers structurants de confiance, de compétitivité et de souveraineté numérique. Retrouvez nous en février pour notre nouveau thème. Dans l’intervalle, si vous avez un film, une série, un logiciel ou un livre électronique à protéger, n’hésitez pas à faire appel à nos services en contactant l’un de nos gestionnaires de comptes; PDN est pionnier dans la cybersécurité et l’antipiratage depuis plus de dix ans, et nous avons forcément une solution pour vous aider. Bonne lecture et à bientôt !
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