Protéger les données biométriques demande une approche multicouches combinant conception sécurisée, protections cryptographiques, bonnes pratiques opérationnelles et cadre réglementaire. La protection de ce type de données exige donc une rigueur très particulière. Comme nous l’avons vu dans notre première partie, comme reposent sur des caractéristiques corporelles permanentes, ces données ne peuvent pas être réinitialisées en cas de fuite. Leur sécurisation nécessite donc une approche qui associe minimisation de la collecte, architecture technique robuste, cryptographie avancée et gouvernance juridique rigoureuse.
Dans cette deuxième partie nous allons nous intéresser au bonnes pratiques techniques, organisationnelles et juridiques en matière de protection de données biométriques.
Le principe fondamental est de collecter les données biométriques uniquement si ce stockage strictement nécessaire. La minimisation de la collecte demeure la meilleure protection. Si la biométrie n’est pas indispensable, il convient de privilégier des facteurs d’authentification alternatifs (mots de passe robustes, clés physiques, authentification à usage limité).
Chaque donnée biométrique collectée représente une responsabilité durable pour l’organisme qui la collecte et une restriction de la quantité collectée et stockée réduit mécaniquement le risque.
Le stockage de données brutes est à proscrire. La capture biométrique doit systématiquement être convertie en modèle (template), idéalement annulable.
Les techniques de protection des modèles incluent :
des transformations non réversibles empêchant toute reconstruction du signal biologique d’origine;
des schémas cryptographiques dédiés
des méthodes de hachage adaptées au contexte biométrique.
Conserver le modèle en local et ne jamais l’autoriser à se retrouver en clair sur un serveur.
Certaines approches cryptographiques permettent d’aller plus loin. Les comparaisons en chiffrement homomorphe ou en calcul multipartite sécurisé (MPC) rendent possible la vérification d’identité sans déchiffrer les données sur un serveur tiers.
Ces solutions demeurent coûteuses en ressources, mais elles sont particulièrement adaptées aux environnements sensibles (banques, institutions publiques, défense). Les méthodes de correspondance biométrique préservant la confidentialité gagnent en maturité et devraient être privilégiées pour les applications et institutions critiques.
La détection de vie (liveness detection) vise à vérifier que la donnée provient d’une personne bien réelle, présente au moment de la capture.
Cette barrière reste efficace contre les attaques par artefacts (masques, photographies, enregistrements).
Cependant, l’essor des générateurs d’images et de sons dopés générés par l’IA impose une vigilance accrue : les faux flux deviennent de plus en plus réalistes.
Les systèmes doivent donc combiner plusieurs indicateurs: analyse de texture, micro-expressions, interactions dynamiques, et évoluer en continu pour contrer les nouvelles techniques de falsification.
Une approche protection dès la conception doit être intégrée dès les premières phases du projet.
Cela suppose :
des mécanismes de consentement explicite et modulable ;
une durée de conservation strictement limitée ;
un archivage sécurisé ;
et surtout, une séparation fonctionnelle entre les identifiants et les modèles biométriques.
La possibilité est tout aussi essentielle : journaux d’accès immuables, traçabilité des traitements et contrôles réguliers garantissent la conformité et facilitent la détection d’anomalies.
Les données biométriques sont classées parmi les catégories sensibles par la plupart des régulateurs.
Par exemple pour l’Union européenne, le Règlement général sur la protection des données (RGPD) impose des conditions strictes à leur traitement :
L’article 9 du RGPD interdit notamment le traitement sauf exceptions limitées (sécurité publique, intérêt général, consentement explicite); même dans ces usages, .
Les autorités comme la CNIL rappellent que le consentement seul ne suffit pas s’il n’existe pas d’alternative non biométrique. Les analyses d’impact (DPIA) sont systématiquement exigées pour les dispositifs de reconnaissance faciale, d’accès sécurisé ou de contrôle d’identité.
Ce durcissement réglementaire traduit une prise de conscience : la biométrie ne doit pas devenir un outil de surveillance, mais un mécanisme d’identification proportionné, transparent et réversible dans ses effets.
Aux États-Unis, la loi Biometric Information Privacy Act (BIPA) de l’Illinois impose des obligations de consentement écrit et prévoit des sanctions civiles sévères en cas de non-respect.
Les poursuites engagées contre Facebook et Clearview AI ont marqué un tournant, démontrant que la pression judiciaire pouvait contraindre les géants du numérique à revoir leurs pratiques de collecte et de conservation des données biométriques.
Parce qu’une empreinte digitale ne peut être remplacée, il faut concevoir des systèmes annulables.
Le principe consiste à appliquer une transformation non réversible et paramétrable au modèle biométrique : en cas de compromission, on peut révoquer cette transformation et en générer une nouvelle, sans modifier la donnée biologique d’origine (ce qui serait évidemment impossible).
Cette logique d’identifiant dérivé, renouvelable, offre une meilleure résilience face aux fuites.
Toute organisation traitant des données biométriques doit disposer d’un plan de réponse à incident spécifique.
Celui-ci doit décrire :
les étapes d’évaluation et d’isolement ;
la notification rapide aux autorités et aux personnes concernées ;
la révocation et le remplacement des clés ou transformations associées ;
et la mise en place d’un accompagnement pour les victimes (surveillance, assistance juridique).
La communication publique doit être rapide, transparente, mais mesurée : divulguer trop d’informations techniques pourrait faciliter de nouvelles attaques.
Les données biométriques offrent des avantages indéniables en matière d’authentification et d’expérience utilisateur.
Mais leur caractère permanent impose une exigence de sécurité très stricte. Une règle simple prévaut : ne jamais dépendre exclusivement de la biométrie. Pour les organisations, il faut retenir une règle essentielle : concevoir les systèmes comme s’ils pouvaient être compromis, et prévoir dès la conception les mécanismes de mitigation et de remédiation nécessaires. Retrouvez nous en décembre pour notre nouveau thème. Dans l’intervalle, si vous avez un film, une série, un logiciel ou un livre électronique à protéger, n’hésitez pas à faire appel à nos services en contactant l’un de nos gestionnaires de comptes; PDN est pionnier dans la cybersécurité et l’antipiratage depuis plus de dix ans, et nous avons forcément une solution pour vous aider. Bonne lecture et à bientôt !
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